Chapitres : L’héritage |  Aux cuisines | La garde

Personnages :
– Le comte d’Arnouxor
– Tempérance Toussaint, son intendant et conseiller
– Le Pique, un garde

 

La construction du manoir étant terminée, il ne restait plus qu’à décorer les lieux. on fit alors venir des tableaux, des sculptures et des objets variés des quarte coins de la planète. Malheureusement, de nombreux vols eurent lieu sur la route d’accès au domaine et pour éviter que cela ne se reproduise, on décida d’investir dans un système de surveillance. Il faisait encore bien jour en cette fin d’après-midi quand le comte et Tempérance décidèrent de regagner le domaine après une balade au bord de mer. “Vous êtes sûr Tempérance, qu’il n’y a pas meilleur système de sécurité à notre époque qu’un garde malgré tous ces systèmes électroniques avancés et la télésurveillance par satellite ?
– Monsieur, ce n’est pas n’importe quel garde. j’étais sceptique comme vous au début mais on m’a démontré le contraire et a priori, il vaudrait bien mieux que tous les systèmes de surveillance du monde. Le voici au loin. »
Planté comme un piquet devant une porte en bois posée seule au milieu d’un vaste paysage, un homme grand et costaud en costume rouge cramoisi scrutait l’horizon d’un regard vide une lance à la main. “Voici notre garde, dit Temperance en s’approchant de l’homme en question. Monsieur Le Pique, je vous présente votre employeur le comte d’Arnouxor.
– Enchanté, répondit l’homme sans même détourner du regard. Votre intendant m’a bien fait comprendre que j’avais carte blanche pour assurer la sécurité du domaine et j’ai donc pris l’initiative d’y poser cette porte.
– ah… et après y avoir posé cette porte qui m’a l’air bien inutile ne pouviez-vous pas y construire des remparts autour ?
– des remparts !? que voulez-vous dire ?
– Et bien Figurez-vous monsieur Le Pique que des remparts sont plutôt efficaces pour empêcher un quelconque voleur d’entrer quelque part.
– Mais quelle utilité alors qu’un voleur pourra toujours passer par la porte ?
– Pas si vous la fermez !
– Sauf votre respect monsieur, dans ce cas il vaudrait mieux enlever la porte et ne laisser que les remparts.
– Et comment passerons nous pour accéder au domaine ?
– Bah en ouvrant les remparts.
– Mais des remparts ne s’ouvrent pas !
– Alors je suppose qu’il faudrait oublier cette histoire de remparts et ne garder que cette porte.
– Mais elle est complètement inutile !
– Inutile ?
– Oui inutile, une porte qui ne referme rien au milieu de nul part est inutile. Une porte n’est-elle pas seulement censée rendre un endroit clos ?
– Mais pas forcément !
– Ah… on en apprend tous les jours.
– Car une pièce fermée par une porte à parfois des fenêtres ouvertes par lesquelles la pièce n’est plus entièrement close. Peut-on alors véritablement dire qu’une porte fermée rend clos une pièce ?
– Je pense que oui, dit le comte d’un air philosophe.
– Sauf que vous pourrez toujours passer la plupart du temps par une des fenêtres pour entrer et sortir de cette pièce, non ? Ici la fenêtre est juste plus grande c’est tout, dit le garde en désignant le paysage de part et d’autre de la porte.
– Mais vous pouvez fermer les fenêtres d’une pièce enfin ! alors que celles-ci ne se fermeront jamais !
– Certainement… Mais les gens préfèrent toujours passer par une porte, c’est instinctif, c’est rassurant. Cela dit, si vous tenez absolument à fermer ces fenêtres nous les fermerons.
– Mais avec quelle magie fermer le vide !?
– Bah, avec une vitre autour de la porte, ça me semble évident.
– mais c’est insensé ! Nous ne poserons pas une vitre allant de cette porte aux montagnes à l’horizon. Vous ne vouliez pas y mettre de remparts et vous me parlez maintenant de vitres !
– Ecoutez, ce n’est pas moi qui veut absolument y mettre quoique ce soit donc pas besoin d’être désagréable. Je dis juste qu’une porte dans laquelle vous voulez passer n’est pas si inutile que ça ! Vous comptiez bien passer par cette porte tout à l’heure pour rentrer chez vous ?
– Si possible, le cas échéant je passerai par la fenêtre.
– Si elle est ouverte !
– J’ai de la chance aujourd’hui elle est grande ouverte ! » Le comte se tourna vers tempérance et chuchota : « mieux que n’importe quel système de surveillance vous dites !?
– C’est ce qu’on m’en…
– …Hé, je vous entends marmonner. Je ne vous laisserai pas vous railler d’un garde avec une aussi impressionnante carrière que moi. »
Pendant cette réplique un individu louche passa à côté de la porte en direction du domaine sans que le garde ne réagisse.
« Et lui, il fait ce qu’il veut, vous le laissez passer sans rien dire ?
– Oui car ce n’est pas une menace.
– Et comment le savez-vous ?
– Il ne voulait pas passer par la porte !
– Mais, on est tous devant, il n’allait pas passer par la porte enfin ! Votre objectif est de surveiller ce domaine pas de laisser passer tout ceux qui ne désirent pas passer par votre foutue porte !
– Monsieur permettez moi d’insister, un homme qui ne passe pas par cette porte ne vous fera aucun tord.
– Et moi, dont le passage par celle-ci m’a traversé l’esprit, j’en conclus que je suis un ennemi pour mon domaine et par extrapolation pour moi-même ?
– Affirmatif, vous êtes votre pire ennemi.
– Mon pire ennemi ? Pourquoi le pire ?
– Car être son propre ennemi c’est connaître toutes ses failles, toutes ses faiblesses. Vos attaques en vers vous-même seront d’une puissance exceptionnelles.
– Je vois.
– Vous pouvez donc faire route arrière car vous ne passerez pas.
– Comment ça ! mais c’est infernal, je suis le plus à-même de vouloir et de pouvoir rentrer chez moi.
– Nous aviserons quand vous ne voudrait plus passer par cette porte. Revenez plus tard.
– Ah mais je vous rassure, cela m’est déjà passé. Je passerai à côté je vous l’ai dit tout à l’heure. Vous savez quoi, je vais même faire construire une route qui contourne cette porte pour ne plus avoir la moindre envie d’y passer.» Le Pique le scruta comme pour déceler la vérité de ses propos. « Bon, vous m’avez l’air sincère, vous pouvez passer. Mais soyez au fait que je protège maintenant ce domaine. Ad vitam æternam.
– Eh bien m’en voilà bien rassuré. »
Et on garda le garde… sans vraiment y consentir.

A l’imagination qui retrouve un homme perdu.

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Lyrics

Je suis un jouet cassé,
La santé émiettée.
Les poumons poussiéreux ;
Le ventre acidulé ;

Mon corps avatarisé ;
Mes larmes pixelisées.
Autour de moi les pantins
Le binaire aux poignets.

Sous la lune pleine et blanche
‘Y a du bruit dans ma tête
Et jamais ça n’s’arrête, non jamais ça n’s’arrête.
Alors pour faire taire le vacarme,
Moi je n’ai bien qu’une arme,
C’est de partir aux merveilles et moi et moi !

J’me rejoins moi !

Spectateur passager,
d’un monde en décadence,
À l’espace recourbé.
Au temps qui n’a qu’un sens.

Sous la lune pleine et blanche
‘Y a du bruit dans ma tête
Et jamais ça n’s’arrête, non jamais ça n’s’arrête.
Alors pour faire taire le vacarme,
Moi je n’connais bien qu’une arme,
C’est de partir aux merveilles et moi et moi !

J’me rejoins moi !

 

Chapitres : L’héritage | Aux cuisines

personnages
– Le comte d’Arnouxor
– Tempérance Toussaint : son intendant et conseiller.
– La famille Invidia


Majestueux, élégant, rapide et puissant, Temperance a toujours aimé regarder le feu danser sur le rondin de bois qu’il dévore. Il faisait frais dehors et il regardait depuis plusieurs minutes maintenant les flammes crépiter de toute leur insolence dans l’immense cheminée de l’immense salle à manger de l’immense manoir fraichement construit du comte d’Arnouxor. Quand le comte déboula brusquement interrompant cette sereine exaltation : « Tempérance, je n’en peux plus !
– Vous ne pouvez plus quoi ?
– Me diriger.
– Vous dirigez où ?
– Là où le soleil brille ; les rires éclatent ; les âmes chevauchent des étalons rapides dans des jardins somptueux.
– Euh… vous parlez du bonheur ?
– Exactement ! je n’sais plus quel chemin emprunter, je ne sais plus où aller : je n’ai ni buts, ni rêves, ni goût à la vie. Il se dirigea vers la table à manger, se remplit un grand verre de vin rouge et le bu cul-sec.
– Qu’elle descente monsieur !
– Ne m’en parlez pas, je ne peux être plus bas qu’en ce moment. Savez-vous que cela va faire 6 mois et dix jours que je n’ai souris. A cause du chantier je n’ai eu que du stress, que du stress, que du stress et puis soudain, plus rien.
– La construction ne vous occupe donc plus du tout ?
– Voilà ! Au début, quand nous vivions dans ma modeste maison, je m’en souviens cela m’occupait énormément car il fallait tout orchestrer. Mais là nous en sommes aux finitions, il ne reste que le personnel à gérer et vous vous en occupez très bien vous même, je ne fais que valider. Je me lève et j’attends, j’attends des heures sans que rien ne change, je m’ennuie au plus haut point ! Mon corps est vide de tous désir, Je m’ennuie tellement que j’en arrive à lire plusieurs fois le titre d’un livre que je n’ai jamais ouvert, en pensant au sens de ce titre, puis au sens des mots qui le composent, au sens de leurs lettres et au final, figurez-vous que ça n’a plus de sens !
“Tempérance fixa un moment des yeux le mur de pierre face à lui avant de lancer : “Faites de la bière ! vous qui aviez la meilleure de Sonata, je ne vous ai plus vu en faire depuis tout ce temps.
– Eh bien mon ami, à croire que Némésis m’inflige une leçon. Je ne peux plus rien faire pousser dans les terres du domaine. Pour faire simple : pendant la construction, nous avons dragué énormément d’eau dans les lacs avoisinants et nous avons assoiffé les animaux qui s’y abreuvés. La conséquence en fut un taux d’acidité dans leur urée trop élevé qui a altéré toute la terre du domaine quand leur urine s’est répandue uniformément sur mes terres lors des derniers orages. Bref, Le taux d’acidité et devenu trop élevé et je ne peux plus rien cultiver pour le moment.
– Ah, c’est pour cette raison que les jardins sont si laids ces derniers temps
– Absolument. Tout y meurt.
– Quand on voit les choses en grand on détruit toujours les petits riens…
– Me voilà en tout cas sermonné par mon mauvais karma.
– Bon… une autre solution serait peut être que vous preniez plus de place dans le choix du personnel que je suis en train de recruter ?
– Non merci cela est d’un fastidieux ! Je vous laisse les choisir et les mettre à l’essai comme convenu.
– Bien. Si vous le désirez nous pouvons nous installer pour dîner, on me fait signe que tout est prêt.” Ils s’assirent donc tout deux autour de la grande table du salon, le comte en bout, son intendant directement à sa gauche. “Aux cuisines nous mettons justement à l’essai aujourd’hui deux frères et au service leur sœur tous trois originaires d’Italie car si je ne me trompe pas, vous avez du sang de Pompéi dans vos veines et je me suis dit que cela devriez vous plaire d’avoir pour fil conducteur la nourriture napolitaine à vos repas.
– Très bonne idée en effet.
– Parfait, voyons ce que la famille Invidia vaut dans ce cas.” Tempérance fit signe à Lucia afin qu’elle commence son service. La belle jeune femme à l’accent charmant vint tout d’abord se présenter au comte qui pu en donner sa première bonne impression puis elle s’en alla chercher l’entrée en cuisine. Tempérance la regarda s’éloigner comme un prédateur suis sa proie puis se retourna vers le comte avec une idée : “Trouvez l’amour !
– Pardon ?
– Oui, l’amour. si vous êtes las de cette vie, partagez en une autre. Puis quoi de plus excitant que la quête de votre autre ?
– Euh… Vous avez l’air de trouver cela bien simple. je ne pense pas pouvoir le faire sur un claquement de doigts. Ces choses là se préparent non ?
– Pas le moins du monde, c’est comme de commencer le sports, on s’y met du jour au lendemain. De nos jours, de nombreuses possibilités s’offrent à vous pour faciliter votre recherche.” Lucia rapporta quelques antipasti variés composés entre autre de poivrons à l’huile d’olive ; de poulpes fris et de tranches fines d’un délicieux prosciutto. Les deux hommes mangèrent en discutant de la dernière idée de l’intendant qui finalement n’avait pas eu plus de succès que les deux premières auprès du comte. S’en vint le plat principal composé de lasagne napolitaine avec des morceaux d’œuf dur. Tempérance semblait frémir a chaque fois que Lucia s’approchait de lui pour apporter ou desservir un plat. Des babà al limencello furent servis pour le dessert puis le café arriva accompagné de Bartolomeo et de Cicerone, les deux cuisiniers, impatients de recueillir un retour à leur prestation. Les deux frères saluèrent le comte en lui serrant la main avec insistance et l’un d’eux prit la parole : “Moi et mon frère espérons que cela vous a plu signore.
– Et bien écoutez, c’était parfait, je n’attendais pas mieux de mon repas à vrai dire.
– Merci beaucoup signore. Nous sommes heureux de travailler dans une si belle cuisine vous savez. Et pour vous monsieur Toussaint ?
– C’était très bon en effet mais j’aurai tout de même une remarque à vous faire sur les lasagnes.
– C’est à propos des œufs durs je suis sûr ?
– Non ce n’est pas ca. Cest juste que je n’ai pas senti le piment du tout.
– Le piment, comment ça le piment ? Comme si on avait mis du piment dedans vous voulez dire ?
– Oui, des morceaux de piments, je n’en ai ressenti aucun.
– Mais, quoi de plus normal ? Mettre du piment dans les lasagnes signore, c’est de la sorcellerie !
– Tempérance est originaire de Guadeloupe, il aime mettre du piment dans tous ses plats, n’y faites pas attention.
– Hmm hmm, Bartolomeo regarda son frère étonné avant de conclure en souriant : pour monsieur nous mettrons donc toutes sortes de condiments pimentés sur la table à chacun de ses repas. Il pourra à sa guise y faire sa magie vaudou.
– Parfait. Bon et bien je pense que cet essai est assez concluant pour que vous restiez parmi nous pour un moment messieurs.
– Merci signore, fratelli Invidia toujours là pour vous servir : vous voulez manger n’importe quoi à n’importe quelle heure de la journée : Pas de problème. Vous recevez de un à cinq-cents invités pour une réception : pas de problème. Vous voulez vous débarrasser de quelqu’un secrètement : pas de problème !
– pardon !?
– Non non, je rigole, je rigole… bien entendu.”
Et on garda la famille Invidia.